Carol-Ann Willering a enseigné à la FEMIS les nouvelles technologies de l’Image. Elle a collaboré, entre autres, avec Bob Wilson pour « Mr Bojangle’s memories » au Centre Georges Pompidou.
Elle mêle photographie et techniques numériques, que ce soit dans ses recherches plastiques ou dans les créations vidéo qu’elle intègre à ses mises en scène théâtrales. L’art qu’elle propose prend sa source dans un instantané photographique qui, capté dans le réel, porte en lui les signes d’une histoire. Le travail qui va s’en suivre sera celui d’une transmutation non pas de la matière, mais des éléments qui y figurent afin de révéler un nouvel univers, faire surgir une histoire, un nouveau récit. Tout le projet consiste à travailler sur l’imaginaire même de l’image en ce sens que l’image, prise dans la réalité, peut être révélatrice d’imaginaires inconscients. Par ce processus de refiguration créatrice de la matrice photographique initiale,  émerge un nouvel art créatif visant une façon singulière, unique et personnelle de ré-enchantement du monde.




​"Carol-Ann Willering nous fait entrer dans un monde qui se situe entre la création vidéo qu’elle pratique depuis toujours, ses propres recherches sur l’image et la variation. Ce qu’elle nous offre est un mouvement « mélodique » autour du voyage imaginaire. Il est introduit par une série de pièces nommées « Fantomatiques » qui inscrivent des corps d’ombres, lumineux et blancs, présences vivantes inscrites au cœur d’une architecture baroque. L’opacité devient réversibilité et transparence : ce que nous donne à voir Carol-Ann Willering est alors l’être là, l’impalpable présence et sa continuité diffuse avec la pierre, le marbre, le mica des miroirs, les nappes de matière en transmutation de ce qui pourrait tout aussi bien être l’empreinte d’un palais qui se trouve à deux pas de chez nous.
Le digital art est ainsi métamorphose de la matière et des composants de l’image pour lequel opère une transfiguration des matériaux.
Le voyage se poursuit. Mais avant, il est une clé qu’il faut décrypter : celle de la fenêtre aux volets à claires-voies rouges, un beau rouge lumineux empli d’audace. Pour Carol-Ann Willering, la couleur est une composante essentielle de son travail, tout comme pour son père, le peintre hollandais Epko qu’on a surnommé « le magicien Hollandais de la couleur ». Derrière les volets rouges fermés, on peut imaginer une fenêtre s’ouvrant sur des contrées : celles de Venise, la ville où elle est née en mémoire et dont elle connaît chaque ruelle, chaque quartier et qu’elle transfigure en un décor chromo. Elle la suggère sous les auspices de ce frondeur qui guette la mer : « Casanova, pensif ». A quoi songe-t-il, pris de dos aujourd’hui, par jour de Carnaval ? Est-ce une vision, une effigie mouvante, un éphémère personnage ou tout simplement un passeur qui suspend le temps sur la « Riva degli Schiavoni ».
Réversibilité des teintes, une nouvelle fois - entre l’épure du blanc et le violet -  et qui façonne, par ces couleurs, un mouvement autre dans le même champ exploratoire.
De là, l’artiste nous convie à retrouver ses personnages : elle crée une famille, celle de ces gens – proches, amis -. Chaque image est un scénario, une histoire de rencontres. Les visages nous interrogent sur leur présence. Sont-ils réels ou non ? Comme ils ont l’air de bien s’amuser pour certains. Ils vont bien ensemble. On ne se sait pas à quel temps ils appartiennent parce qu’ils sont rendus ici atemporels. Ils vivent avec leurs gestes, leurs fous rires, leurs regards et c’est ce mouvement même de la vie qui nous les fait aimer. Ce sont des personnes qui pourraient être vous, nous, ou personne si ce n’est qu’ils existent bel et bien tous ces amis de l’artiste. Ils font partie d’un même gang. Les portraits en rouge sont une audace baroque de cette couleur qui devient ici, texture et matière, et dans laquelle les personnages sont dotés d’un clin d’œil propre à l’ironiste qui se dévoile en Carol-Ann Willering. Regardez « Bobby Bellegueule et Mimi Mandarine » : sont-ils des personnages de théâtre, des acteurs d’un temps révolu, ou nos voisins du café d’à côté. Qui peut le dire ? Où est le temps ici ? Dans quel temps l’artiste nous fait-elle entrer ?

Et c’est là tout l’art de Carol-Ann Willering, celui de nous donner à voir en même temps que l’instantané de la photo qu’elle aura prise, une autre appréhension : celle d’un monde qu’elle métamorphose. Regardez chacune de ces images, elles vous feront entrer dans une histoire. Elle la raconte comme c’est le cas, notamment de ces deux personnages au premier plan de L’automne à Trouville assoupis sur des transats. Derrière eux, le Casino semble disparaitre, témoin d’une époque révolue. Entre les deux, des tentes aux couleurs chatoyantes avec ces enfants, ce peuple de nomade, ces réfugiés d’aujourd’hui qui habitent la réalité de leur existence provisoire. Carol-Ann Willering les met en scène dans ces campements situés entre deux temps. Sommes-nous alors ici les témoins de ces deux dormeurs assoupis ? A moins que nous ne soyons conviés par l’artiste à constater que le monde a changé, que le temps a passé et que maintenant nous vivons l’ère nomade.

La palette de Carol-Ann Willering est riche, étonnamment lumineuse, d’une lumière intérieure si belle et unique dans sa résonnance particulière.Voici ce que nous offre l’art de Carol-Ann Willering. Un art que je découvre et qui est déjà inscrit dans l’avenir. "
 
Louis Simonci
Auteur, critique cinéma et littérature
(Revues : Art 7, Positif, Contre-vox)